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Dans son éditorial du dernier numéro de Gauchebdo, Jérôme Béguin lance une attaque en règle contre la République populaire de Chine.
Il accuse « certains militants de gauche » de complaisance à l’égard des « autorités chinoises ». Il est à regretter que ces quelques militants ne soient pas assez nombreux et influents pour inciter l’éditorialiste de Gauchebdo à plus de réflexion et de recul à propos de la chine et du Tibet. Car il est tout de même incroyable que ce soient celles et ceux qui ne se voilent pas la face devant l’ahurissant raz-de-marée anticommuniste, qui se trouvent mis en accusation, tandis que les cohortes de benêts antichinois, reprenant en cœur les élucubrations de Washington et de RSF se trouvent eux légitimés !
Ainsi on se tromperait de cible, en accusant les USA d’instrumentaliser une cause perdue, à savoir celle d’une théocratie légitimant le servage, la torture et l’inégalité sociale ? Ainsi on se tromperait d’ennemi en accusant les impérialismes occidentaux de manœuvrer pour saboter les Jeux Olympiques et pour démembrer la Chine ? On se tromperait donc en dénonçant les calomnies proférées contre la Chine populaire et en démontant la campagne de manipulation médiatique ?
Et pourtant ce que « certains militants de gauche » avancent est vrai et nullement contestable : le Tibet est partie prenante de la Chine depuis des siècles, il n’y a pas de « génocide » culturel, la parité linguistique est instaurée depuis des années et est respectée, la province dispose des ressources financières nécessaires pour assurer à la population les mêmes prestations que dans les autres provinces. L’enseignement de la langue tibétaine est une réalité et même les écoles religieuses fonctionnent. Par contre, la CIA soutien le « gouvernement en exil » réactionnaire du Dalaï Lama, de la même manière qu’elle finance Reporters Sans Frontières contre tous les pouvoirs que Washington ne souffre pas : Cuba, Venezuela, Serbie, Iran… RSF, qui ne pipe mot à propos de l’Afghanistan, de l’Irak ou de la torture à Guantanamo ! Le lobby militaro-industriel, en son temps dénoncé par le Président Eisenhower lui-même a un furieux intérêt à faire passer la Chine pour un danger pour la paix mondiale et la démocratie, et l’armée US encercle la Chine avec ses bases et ses alliés.
Le parti communiste chinois ne serait, selon Jérôme Béguin, qu’un parti nationaliste, et Mao un opportuniste anti-internationaliste n’ayant eu pour objectif que de « faire de son pays une superpuissance ». On se pince pour y croire : développer l’industrie, collectiviser l’agriculture, assurer au milliards de chinois le logement, la nourriture, la santé et l’éducation (de 1990 à 2000, le nombre d’analphabètes a baissé de 100 millions)), doter la Chine de transports modernes et efficaces, tout cela n’aurait été fait que pour permettre à la « bureaucratie [de] s’enrichir » ! Entre le « péril jaune » agité comme un épouvantail par les médias, et la République populaire traître à l’Internationalisme prolétarien proclamé par Gauchebdo, on se demande bien où placer la Chine réelle.
Car derrière le fantasme désabusé d’un éditorialiste, la Chine demeure, entière, plurielle et en constant changement. La réalité quotidienne des chinois, comme la nôtre, est faite de bonheur et de malheurs, d’espoirs et de désillusions. Personne ne proclame que la Chine est un paradis terrestre et la lecture des sites des « certains militants de gauche » le démontre clairement. Il est malhonnête de dire le contraire.
Peut-on passer sous silence que ce grand peuple et ce grand parti ont déjà surmonté des difficultés inouïes (notamment le partage du pays par les puissances bien-pensantes d’aujourd’hui) et qu’ils se donnent les moyens de répondre aux immenses défis qui se posent à l’Humanité ? Aucun pays du monde ne met autant de ressources dans les infrastructures sociales et économiques, aucune nation n’investi autant de moyens dans l’écologie. Des contradictions internes, des injustices énormes impliquées par les changements, le parti communiste et le gouvernement n’ignorent rien.
Les inégalités sociales actuelles sont largement débattues et les ouvriers revendiquent : de très nombreuses grèves ont lieu dans le pays, en particulier dans les entreprises étrangères. La nouvelle loi sur le travail est entrée en vigueur ce 1er janvier 2008, en complément d’un salaire minimum (et en Suisse ?) ; elle instaure un grand nombre de droits pour les travailleurs et d’obligations pour les employeurs comme l’obligation de payer à 200 % les heures supplémentaires, ce qui ne plaît d’ailleurs pas aux multinationales qui commencent à renoncer à investir dans certains secteurs. Certes on est loin d’un monde du travail totalement régulé et l’application de la loi nécessite d’immenses efforts de la part des syndicats et du politique, mais la volonté est là et le chemin se fait. Ainsi, les revenus nets ont plus que doublé depuis 2003. Le gouvernement a également supprimé entre-autres mesures- les impôts pour les paysans, tandis qu’il instaurait un taux d’imposition unique de 22% sur toutes les entreprises, y compris étrangères.
Gauchebdo dénonce l’achat « massif et régulier » de bons du trésor US, ce qui permettrait de financer la guerre en Irak. On pourrait, en étant quelque peu machiavélique, rétorquer que ce sont les contribuables américains qui financent la guerre par leurs impôts et les Chinois qui paient l’éducation et les infrastructures de santé du peuple américain… On n’arrive à rien avec un tel raisonnement. Sinon à vilipender la stratégie chinoise de diversification des investissement, qui ne peut dans un esprit manichéen qu’être « vendue » à l’impérialisme yankee.. ! Il faut aussi souligner que les rapports sino-soviétiques de 1972 cités dans l’éditorial n’étaient pas tendus uniquement par la faute des chinois, mais aussi à cause de la politique internationale de l’URSS. Il s’agit ici d’une manipulation rétroactive des événements, qui ne permet en aucun cas de comprendre la situation actuelle.
Enfin, accuser la République populaire de Chine d’être à la source du désastre économique de nos pays (« chômage, précarisation »), et oser affirmer que la gauche ouvrière occidentale est victime du péril jaune, c’est dédouaner bien facilement le capitalisme et les organisations social-démocrates et communistes de leurs politiques capitulardes. On attend bien autre chose d’un journal « révolutionnaire » !
En conclusion, l’éditorial de Gauchebdo est une attaque peu documentée et unilatérale, qui ne tient absolument pas compte de la situation réelle du peuple chinois et des rapports internationaux dominés par l’impérialisme. On peut espérer lire prochainement dans ce journal fort intéressant, autre chose que l’étalage de fantasmes.
Yan Perret-Gentil, 15 avril 2008